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Publié le 18/05/08 à 14:22:10
Ci-dessous un article que j'ai écrit sur le développement du NFC dans le monde des transports en commun. Il fut publié en janvier 2008 dans la revue des Anciens de Télécoms Paris.
Pour télécharger l'article au format PDF : Cliquez ici !
Fantasme d’ingénieur, mythe journalistique ou simple anticipation marketing, le mobile NFC (Near Field Communication) fait partie des sujets télécoms les plus médiatiques de l’année 2007. Focus sur l’une de ses applications les plus attendues..
Le « sans contact », une application phare de la billettique en France
Apparues au cours des 10 dernières années, les technologies NFC ont connu un développement rapide dans le monde des transports publics. La région parisienne avec deux millions de cartes Navigo(1) constitue le bassin de transport français le plus significatif mais ne fait pas figure d’exception. Plus d’une soixantaine de réseaux urbains, inter-urbains et régionaux ont adopté le « sans contact » en 2006(2), portant ainsi à plus de cinq millions le nombre de cartes en circulation(3).
Trois raisons majeures permettent d’expliquer un tel succès :
- Simplicité d’usage
- Gains de productivité
- Prévention de la fraude
Le mobile NFC, une réelle innovation pour la billettique transport
L’intégration de composants NFC permettra aux mobiles de surclasser les cartes sans contact dont ils reprendront les fonctionnalités. Grâce à une connectivité réseau « quasi-permanente » et d’une interactivité utilisateur renforcée, les voyageurs disposeront d’un automate de poche accessible en tout lieu et à tout instant. Il ne sera plus nécessaire de passer par un point de vente physique (guichets, agences, automates,…) pour :
- consulter, choisir, acheter et payer des titres de transports,
- bénéficier d’informations et de services complémentaires actualisés en temps réel (horaires de passage, plan des réseaux, recherche d’itinéraire, ...)
Son fort taux de pénétration et l’attachement que les utilisateurs éprouvent pour leur mobile confortent l’intérêt que lui porte le monde des transports.
Une réalité au Japon, des réflexions en Europe
Le lancement commercial du service Mobile Suica par l’opérateur mobile NTT DoCoMo et le transporteur JR East début 2006 a permis au Japon de devenir le pays de référence. Ce produit a rencontré un fort succès et comptabilisait plus de 43 0 000 utilisateurs un an après son lancement(4).
En Europe, l’année 2007 fut riche en effets d’annonces dont les médias ont repris les communiqués de presse officiels avec beaucoup d’optimisme. Le sujet est beaucoup moins avancé qu’il n’y parait. Chez la plupart des acteurs, il ne s’agit principalement que de cadrages préparatoires approfondissant trois axes majeurs :
- Proof of Concept pour valider la faisabilité technologique
- Expérimentations pour évaluer l’appétence des utilisateurs
- Groupes de travail entre opérateurs mobiles et transporteurs pour préciser les
contours de la billettique transport sur mobile.
Orange et Véolia sont les plus avancés. Ils ont annoncé le démarrage d’un pilote commercial de grande ampleur à Bordeaux début 2008. Aucune prévision n’a été communiquée mais on peut estimer qu’il concernera quelques milliers de clients à qui aura été vendu un téléphone spécifiquement doté de la fonctionnalité NFC.
Facteurs clefs de succès
Trois facteurs clefs conditionnent le développement de la billettique sans contact sur mobile :
- Interopérabilité des systèmes
- Pénétration des mobiles compatibles
- Qualité du service client
Interopérabilité des systèmes
Certainement le plus important aussi bien d’un point de vue transport que télécoms. La diffusion des téléphones et la mobilité des clients ne permettent pas de prévoir a priori les réseaux de transport avec lesquels sera un utilisé un téléphone, ce qui rend inefficace toute tentative de customisation. Les mobiles NFC « compatibles » devront nécessairement être capables de communiquer
avec l’ensemble (ou a minima la grande majorité) des infrastructures « sans
contact » déployées au sein des réseaux de transport.
Malgré l’utilisation de standards et de normes, les systèmes billettiques n’ont pas
été implémentés avec une telle exigence d’interopérabilité. Il n’était jusqu’à
présent pas nécessaire qu’une carte émise à Strasbourg puisse communiquer avec les valideurs de Toulouse. Les spécificités de chaque système qui étaient jusqu’alors peu impactantes deviennent critiques avec l’apparition du mobile comme support NFC partagé. Cette complexité est renforcée par la volonté des acteurs télécoms d’étendre à terme l’usage des mobiles à d’autres applications
sans contacts telles que le paiement de proximité ou les programmes de fidélité.
Par ailleurs, les transporteurs devront faire face à la diversité des téléphones et des opérateurs mobiles choisis par les clients. La définition d’interfaces standardisées pour le développement, le chargement et la gestion des applications NFC transport est indispensable pour éviter les développements spécifiques et réduire les coûts.
Pénétration des mobiles
Disposer de terminaux « compatibles » est un prérequis indispensable. Avec une cible potentielle évaluée à plusieurs millions d’utilisateurs, la fonctionnalité NFC ne peut être restreinte à une poignée de terminaux au positionnement haut de gamme. Elle devra nécessairement être incluse à terme dans l’ensemble des téléphones.
Sa vitesse de diffusion dépend de la stratégie marketing des opérateurs mobiles et des fabricants de mobiles. Difficile à chiffrer a priori, le retour d’expérience de la fonctionnalité « Appareil Photo / MMS » laisse penser qu’un minimum de 5 ans est nécessaire pour passer d’une pénétration de 0% à 100% sur les références commercialisées. Avec une durée de renouvellement moyenne de 18 à 24 mois, il faut ajouter 2 à 4 ans supplémentaires pour une généralisation sur parc.
Ainsi, en considérant 2008 comme étant l’année 0 de commercialisation du NFC mobile en France, il faudra attendre 2013-2015 pour que cette fonctionnalité devienne un « must-have ».
Qualité du service client
La prise en charge de la relation client est particulièrement critique pour la pérennité du produit billettique mobile. Les utilisateurs étant habitués à la fiabilité des cartes sans contact, les éventuels dysfonctionnements seront difficilement tolérés. Le risque de rejet sera d’autant plus élevé si la coordination des services clients mobiles et transports ne permet pas d’assurer une continuité de service.
Besoin d’un écosystème win-win
La satisfaction des critères de réussite énoncés précédemment nécessite une
collaboration étroite des acteurs majeurs (transporteurs, opérateurs mobiles, encarteurs et fabricants de mobiles). Celle-ci ne peut être obtenue et pérennisée que si le futur écosystème NFC satisfait les intérêts de chacun.
Transporteurs : satisfaction voyageur & gains de productivité
Bien que les transporteurs disposent de concessions les plaçant en situation de monopole sur des zones géographiques, afficher une satisfaction des voyageurs
élevée est indispensable pour être reconduit et gagner de nouveaux marchés. Leurs clients sont des collectivités territoriales dont les décideurs remettent leur mandat
au suffrage universel tous les 5-6 ans. La billettique mobile sans contact aura un impact positif sur la satisfaction des électeurs en simplifiant l’accès aux transports et en apportant une image d’innovation.
Elle apportera également un ensemble de gains de productivité :
- Désengorgement des guichets et des agences commerciales grâce au
développement de l’achat en self service de titres simples (tickets, carnets).
- Réduction des coûts de maintenance des valideurs via une baisse de la proportion de supports magnétiques en circulation.
- Réduction des coûts logistiques de production et de distribution des cartes
sans contact
Malgré ces avantages, l’introduction du mobile en tant que support NFC devra limiter les impacts sur les infrastructures existantes afin de réduire les coûts
de mise en oeuvre et s’inscrire dans les cycles d’investissement courts des transporteurs.
Opérateurs mobiles : fidélisation client & revenus B2C/B2B
Augmenter le nombre et la diversité des services disponibles sur mobile renforcent les barrières à la sortie des clients (indisponibilité de certains services, complexité de migration). Le développement de la billettique transport sur mobile s’inscrit au sein d’une stratégie de fidélisation.
Les services NFC contribueront également au maintien de l’ARPU dans un contexte de baisse des revenus voix. Leur accès sera valorisé soit explicitement à travers une gamme d’options, soit implicitement au sein des forfaits. Cerise sur le gâteau, récupérer une partie des gains de productivité des transporteurs en leur facturant la prestation d’hébergement constituera une troisième source de revenus. Celle-ci sera malgré tout marginale comparativement au chiffre d’affaire global.
Encarteurs : augmentation de la valeur & nouveaux revenus B2B
La billettique transport repose sur l’utilisation d’un « secure element », puce sécurisée, permettant d’héberger et d’exécuter des applications aux exigences sécuritaires élevées. Prendre en compte ces contraintes augmentera la valeur des composants produits par les encarteurs (taille mémoire, cloisonnement sécurisé des données et des applications). Une source de revenus complémentaire s’offre à eux en se positionnant sur un nouveau métier : la gestion à distance des applications embarquées dans les « secure element ».
Fabricants de mobiles : nouveaux revenus
Bien que levier initial de différenciation, la fonctionnalité NFC ne procurera pas d’avantage concurrentiel durable puisqu’elle se généralisera progressivement sur l’ensemble des téléphones mobiles. Devenue une commodité, leurs fabricants ne pourront pas l’utiliser pour en augmenter le prix de vente. Ils pourront en revanche essayer d’obtenir une source de revenus récurrente de la part des clients et des transporteurs, terrain sur lequel ils seront en confrontation directe avec les opérateurs mobiles.
Une chaîne de valeur en cours d’élaboration
L'écosystème NFC mobile fait apparaître trois nouveaux acteurs sur la chaîne de valeur aux côtés des fabricants de mobiles, opérateurs mobiles et transporteurs :
- Le fabricant de « secure element » produit des puces sécurisées certifiées pour héberger et exécuter les applications de transports.
- Le gestionnaire de « secure element » assure la distribution, la gestion et la maintenance des puces sécurisées dont il reste généralement le propriétaire. Il
propose d’héberger et de gérer à distance les applications billettiques au sein de domaines sécurisés privatifs présents dans le « secure element ». Pour des raisons de sécurité, il n’a pas accès aux applications et données contenues dans les domaines sécurisés.
- Le tiers de confiance désigne un prestataire technique dont le rôle consiste à gérer des domaines sécurisés privatifs. Il exploite des plates-formes de chargement et de gestion d’applications pour le compte de transporteurs. En s’adaptant aux spécificités du mobile, du « secure element » et de l’opérateur mobile choisis par l’utilisateur final, il leur masque l’hétérogénéité des acteurs situés en amont de la chaîne de valeur.
Le gestionnaire de « secure element » constitue le maillon clef de cette chaîne de valeur. Contrôlant l’accès aux domaines sécurisés, il est le seul capable de négocier un partage de la valeur avec les transporteurs et les utilisateurs. Ce positionnement est convoité aussi bien par les opérateurs mobiles que par les fabricants de mobiles. Cette divergence se décline à travers deux architectures concurrentes d’hébergement :
1. SIM-centric : utilisation de la carte SIM comme « secure element »
2. Handset-centric : intégration d’une puce sécurisée dédiée dans les mobiles.
La première proposition bénéficie du soutient des opérateurs et fait d’ailleurs l’objet d’une recommandation de la GSMA, la seconde est proposée par quelques fabricants. N’ayant aucun contact direct avec l’utilisateur, les fabricants de cartes à puce (Gemalto, G&D, Oberthur CS, ...) ne cherchent pas à se positionner en tant que gestionnaire de « secure element » et sont neutres par rapport aux deux alternatives. Ils sont en revanche parfaitement légitimes sur celui de fabricant de « secure element » et peuvent en profiter pour se diversifier vers le métier de tiers de confiance.
Bien que les réflexions d’écosystèmes n’en soient qu’à leurs débuts, les opérateurs mobiles ont pris de l’avance en France en formant des groupes de travail sectoriels « transport » et « paiement » avec leurs représentants majeurs. Ils ont pour objectif la définition des solutions NFC standard interopérables basées sur une architecture SIM-centric.
Objectif 2010
A fin 2007, les travaux français sur la billettique mobile NFC sont bien engagés et relativement en avance par rapport à ceux des autres pays européens :
- la phase d’expérimentation est terminée
- les négociations sur l’écosystème sont arrivées à mi-chemin
- les premiers pilotes commerciaux se préparent et démarreront au 1er semestre 2008
Compte tenu de l’avancement des travaux sectoriels, de la disponibilité des téléphones NFC compatibles et des délais de mise en oeuvre des projets billettiques transports, 2010-2011 apparaît comme une période crédible pour les lancements commerciaux des premiers bassins de transport.
Pour suivre l'actualité du NFC
- Paiement Mobile : http://mobilepayment.typepad.com
- Fil RFID : http://www.filrfid.org
- Mon Fil RSS NFC : http://olivier.delclos.org/webdigest/nfc
Notes :
(1) Source : STIF – Communiqué de presse du 29 août 2007
(2) Source : GART – Mars 2006
(3) Source : Estimation Greenwich Institute
(4) Source : JR East – Pénétration évaluée au 31 mars 2007
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Fantasme d’ingénieur, mythe journalistique ou simple anticipation marketing, le mobile NFC (Near Field Communication) fait partie des sujets télécoms les plus médiatiques de l’année 2007. Focus sur l’une de ses applications les plus attendues..
Le « sans contact », une application phare de la billettique en France
Apparues au cours des 10 dernières années, les technologies NFC ont connu un développement rapide dans le monde des transports publics. La région parisienne avec deux millions de cartes Navigo(1) constitue le bassin de transport français le plus significatif mais ne fait pas figure d’exception. Plus d’une soixantaine de réseaux urbains, inter-urbains et régionaux ont adopté le « sans contact » en 2006(2), portant ainsi à plus de cinq millions le nombre de cartes en circulation(3).
Trois raisons majeures permettent d’expliquer un tel succès :
- Simplicité d’usage
- Gains de productivité
- Prévention de la fraude
Le mobile NFC, une réelle innovation pour la billettique transport
L’intégration de composants NFC permettra aux mobiles de surclasser les cartes sans contact dont ils reprendront les fonctionnalités. Grâce à une connectivité réseau « quasi-permanente » et d’une interactivité utilisateur renforcée, les voyageurs disposeront d’un automate de poche accessible en tout lieu et à tout instant. Il ne sera plus nécessaire de passer par un point de vente physique (guichets, agences, automates,…) pour :
- consulter, choisir, acheter et payer des titres de transports,
- bénéficier d’informations et de services complémentaires actualisés en temps réel (horaires de passage, plan des réseaux, recherche d’itinéraire, ...)
Son fort taux de pénétration et l’attachement que les utilisateurs éprouvent pour leur mobile confortent l’intérêt que lui porte le monde des transports.
Une réalité au Japon, des réflexions en Europe
Le lancement commercial du service Mobile Suica par l’opérateur mobile NTT DoCoMo et le transporteur JR East début 2006 a permis au Japon de devenir le pays de référence. Ce produit a rencontré un fort succès et comptabilisait plus de 43 0 000 utilisateurs un an après son lancement(4).
En Europe, l’année 2007 fut riche en effets d’annonces dont les médias ont repris les communiqués de presse officiels avec beaucoup d’optimisme. Le sujet est beaucoup moins avancé qu’il n’y parait. Chez la plupart des acteurs, il ne s’agit principalement que de cadrages préparatoires approfondissant trois axes majeurs :
- Proof of Concept pour valider la faisabilité technologique
- Expérimentations pour évaluer l’appétence des utilisateurs
- Groupes de travail entre opérateurs mobiles et transporteurs pour préciser les
contours de la billettique transport sur mobile.
Orange et Véolia sont les plus avancés. Ils ont annoncé le démarrage d’un pilote commercial de grande ampleur à Bordeaux début 2008. Aucune prévision n’a été communiquée mais on peut estimer qu’il concernera quelques milliers de clients à qui aura été vendu un téléphone spécifiquement doté de la fonctionnalité NFC.
Facteurs clefs de succès
Trois facteurs clefs conditionnent le développement de la billettique sans contact sur mobile :
- Interopérabilité des systèmes
- Pénétration des mobiles compatibles
- Qualité du service client
Interopérabilité des systèmes
Certainement le plus important aussi bien d’un point de vue transport que télécoms. La diffusion des téléphones et la mobilité des clients ne permettent pas de prévoir a priori les réseaux de transport avec lesquels sera un utilisé un téléphone, ce qui rend inefficace toute tentative de customisation. Les mobiles NFC « compatibles » devront nécessairement être capables de communiquer
avec l’ensemble (ou a minima la grande majorité) des infrastructures « sans
contact » déployées au sein des réseaux de transport.
Malgré l’utilisation de standards et de normes, les systèmes billettiques n’ont pas
été implémentés avec une telle exigence d’interopérabilité. Il n’était jusqu’à
présent pas nécessaire qu’une carte émise à Strasbourg puisse communiquer avec les valideurs de Toulouse. Les spécificités de chaque système qui étaient jusqu’alors peu impactantes deviennent critiques avec l’apparition du mobile comme support NFC partagé. Cette complexité est renforcée par la volonté des acteurs télécoms d’étendre à terme l’usage des mobiles à d’autres applications
sans contacts telles que le paiement de proximité ou les programmes de fidélité.
Par ailleurs, les transporteurs devront faire face à la diversité des téléphones et des opérateurs mobiles choisis par les clients. La définition d’interfaces standardisées pour le développement, le chargement et la gestion des applications NFC transport est indispensable pour éviter les développements spécifiques et réduire les coûts.
Pénétration des mobiles
Disposer de terminaux « compatibles » est un prérequis indispensable. Avec une cible potentielle évaluée à plusieurs millions d’utilisateurs, la fonctionnalité NFC ne peut être restreinte à une poignée de terminaux au positionnement haut de gamme. Elle devra nécessairement être incluse à terme dans l’ensemble des téléphones.
Sa vitesse de diffusion dépend de la stratégie marketing des opérateurs mobiles et des fabricants de mobiles. Difficile à chiffrer a priori, le retour d’expérience de la fonctionnalité « Appareil Photo / MMS » laisse penser qu’un minimum de 5 ans est nécessaire pour passer d’une pénétration de 0% à 100% sur les références commercialisées. Avec une durée de renouvellement moyenne de 18 à 24 mois, il faut ajouter 2 à 4 ans supplémentaires pour une généralisation sur parc.
Ainsi, en considérant 2008 comme étant l’année 0 de commercialisation du NFC mobile en France, il faudra attendre 2013-2015 pour que cette fonctionnalité devienne un « must-have ».
Qualité du service client
La prise en charge de la relation client est particulièrement critique pour la pérennité du produit billettique mobile. Les utilisateurs étant habitués à la fiabilité des cartes sans contact, les éventuels dysfonctionnements seront difficilement tolérés. Le risque de rejet sera d’autant plus élevé si la coordination des services clients mobiles et transports ne permet pas d’assurer une continuité de service.
Besoin d’un écosystème win-win
La satisfaction des critères de réussite énoncés précédemment nécessite une
collaboration étroite des acteurs majeurs (transporteurs, opérateurs mobiles, encarteurs et fabricants de mobiles). Celle-ci ne peut être obtenue et pérennisée que si le futur écosystème NFC satisfait les intérêts de chacun.
Transporteurs : satisfaction voyageur & gains de productivité
Bien que les transporteurs disposent de concessions les plaçant en situation de monopole sur des zones géographiques, afficher une satisfaction des voyageurs
élevée est indispensable pour être reconduit et gagner de nouveaux marchés. Leurs clients sont des collectivités territoriales dont les décideurs remettent leur mandat
au suffrage universel tous les 5-6 ans. La billettique mobile sans contact aura un impact positif sur la satisfaction des électeurs en simplifiant l’accès aux transports et en apportant une image d’innovation.
Elle apportera également un ensemble de gains de productivité :
- Désengorgement des guichets et des agences commerciales grâce au
développement de l’achat en self service de titres simples (tickets, carnets).
- Réduction des coûts de maintenance des valideurs via une baisse de la proportion de supports magnétiques en circulation.
- Réduction des coûts logistiques de production et de distribution des cartes
sans contact
Malgré ces avantages, l’introduction du mobile en tant que support NFC devra limiter les impacts sur les infrastructures existantes afin de réduire les coûts
de mise en oeuvre et s’inscrire dans les cycles d’investissement courts des transporteurs.
Opérateurs mobiles : fidélisation client & revenus B2C/B2B
Augmenter le nombre et la diversité des services disponibles sur mobile renforcent les barrières à la sortie des clients (indisponibilité de certains services, complexité de migration). Le développement de la billettique transport sur mobile s’inscrit au sein d’une stratégie de fidélisation.
Les services NFC contribueront également au maintien de l’ARPU dans un contexte de baisse des revenus voix. Leur accès sera valorisé soit explicitement à travers une gamme d’options, soit implicitement au sein des forfaits. Cerise sur le gâteau, récupérer une partie des gains de productivité des transporteurs en leur facturant la prestation d’hébergement constituera une troisième source de revenus. Celle-ci sera malgré tout marginale comparativement au chiffre d’affaire global.
Encarteurs : augmentation de la valeur & nouveaux revenus B2B
La billettique transport repose sur l’utilisation d’un « secure element », puce sécurisée, permettant d’héberger et d’exécuter des applications aux exigences sécuritaires élevées. Prendre en compte ces contraintes augmentera la valeur des composants produits par les encarteurs (taille mémoire, cloisonnement sécurisé des données et des applications). Une source de revenus complémentaire s’offre à eux en se positionnant sur un nouveau métier : la gestion à distance des applications embarquées dans les « secure element ».
Fabricants de mobiles : nouveaux revenus
Bien que levier initial de différenciation, la fonctionnalité NFC ne procurera pas d’avantage concurrentiel durable puisqu’elle se généralisera progressivement sur l’ensemble des téléphones mobiles. Devenue une commodité, leurs fabricants ne pourront pas l’utiliser pour en augmenter le prix de vente. Ils pourront en revanche essayer d’obtenir une source de revenus récurrente de la part des clients et des transporteurs, terrain sur lequel ils seront en confrontation directe avec les opérateurs mobiles.
Une chaîne de valeur en cours d’élaboration
L'écosystème NFC mobile fait apparaître trois nouveaux acteurs sur la chaîne de valeur aux côtés des fabricants de mobiles, opérateurs mobiles et transporteurs :
- Le fabricant de « secure element » produit des puces sécurisées certifiées pour héberger et exécuter les applications de transports.
- Le gestionnaire de « secure element » assure la distribution, la gestion et la maintenance des puces sécurisées dont il reste généralement le propriétaire. Il
propose d’héberger et de gérer à distance les applications billettiques au sein de domaines sécurisés privatifs présents dans le « secure element ». Pour des raisons de sécurité, il n’a pas accès aux applications et données contenues dans les domaines sécurisés.
- Le tiers de confiance désigne un prestataire technique dont le rôle consiste à gérer des domaines sécurisés privatifs. Il exploite des plates-formes de chargement et de gestion d’applications pour le compte de transporteurs. En s’adaptant aux spécificités du mobile, du « secure element » et de l’opérateur mobile choisis par l’utilisateur final, il leur masque l’hétérogénéité des acteurs situés en amont de la chaîne de valeur.
Le gestionnaire de « secure element » constitue le maillon clef de cette chaîne de valeur. Contrôlant l’accès aux domaines sécurisés, il est le seul capable de négocier un partage de la valeur avec les transporteurs et les utilisateurs. Ce positionnement est convoité aussi bien par les opérateurs mobiles que par les fabricants de mobiles. Cette divergence se décline à travers deux architectures concurrentes d’hébergement :
1. SIM-centric : utilisation de la carte SIM comme « secure element »
2. Handset-centric : intégration d’une puce sécurisée dédiée dans les mobiles.
La première proposition bénéficie du soutient des opérateurs et fait d’ailleurs l’objet d’une recommandation de la GSMA, la seconde est proposée par quelques fabricants. N’ayant aucun contact direct avec l’utilisateur, les fabricants de cartes à puce (Gemalto, G&D, Oberthur CS, ...) ne cherchent pas à se positionner en tant que gestionnaire de « secure element » et sont neutres par rapport aux deux alternatives. Ils sont en revanche parfaitement légitimes sur celui de fabricant de « secure element » et peuvent en profiter pour se diversifier vers le métier de tiers de confiance.
Bien que les réflexions d’écosystèmes n’en soient qu’à leurs débuts, les opérateurs mobiles ont pris de l’avance en France en formant des groupes de travail sectoriels « transport » et « paiement » avec leurs représentants majeurs. Ils ont pour objectif la définition des solutions NFC standard interopérables basées sur une architecture SIM-centric.
Objectif 2010
A fin 2007, les travaux français sur la billettique mobile NFC sont bien engagés et relativement en avance par rapport à ceux des autres pays européens :
- la phase d’expérimentation est terminée
- les négociations sur l’écosystème sont arrivées à mi-chemin
- les premiers pilotes commerciaux se préparent et démarreront au 1er semestre 2008
Compte tenu de l’avancement des travaux sectoriels, de la disponibilité des téléphones NFC compatibles et des délais de mise en oeuvre des projets billettiques transports, 2010-2011 apparaît comme une période crédible pour les lancements commerciaux des premiers bassins de transport.
Pour suivre l'actualité du NFC
- Paiement Mobile : http://mobilepayment.typepad.com
- Fil RFID : http://www.filrfid.org
- Mon Fil RSS NFC : http://olivier.delclos.org/webdigest/nfc
Notes :
(1) Source : STIF – Communiqué de presse du 29 août 2007
(2) Source : GART – Mars 2006
(3) Source : Estimation Greenwich Institute
(4) Source : JR East – Pénétration évaluée au 31 mars 2007

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